La Tchécoslovaquie est créée en 1918, disparaît pendant la Seconde Guerre mondiale, puis est rétablie avant de basculer dans le communisme en 1948.
La nouvelle Tchécoslovaquie est souvent présentée comme un État « tchèque et slovaque ». Dans la réalité, le rapport de forces est très déséquilibré : les terres tchèques sont plus industrialisées et plus peuplées, tandis que la Slovaquie reste davantage rurale et économiquement moins développée.
La première République
La Tchécoslovaquie devient une démocratie parlementaire, dirigée par son premier président Tomáš Garrigue Masaryk. Bratislava devient progressivement le centre politique et administratif de la partie slovaque du nouvel État.
Les relations entre Tchèques et Slovaques sont néanmoins loin d'être simples. Une partie des responsables slovaques souhaite davantage d'autonomie, tandis que Prague défend l'idée d'un État tchécoslovaque fortement intégré.
La formule « tchécoslovaque » avait aussi une fonction politique : elle permettait aux dirigeants du nouvel État de présenter une majorité nationale tchécoslovaque face aux nombreuses minorités allemandes, hongroises, ruthènes et autres. Cela ne signifiait pas que les Tchèques et les Slovaques avaient cessé de se percevoir comme deux peuples.
1938–1939
La crise de Munich de 1938 entraîne la perte des territoires frontaliers de la Tchécoslovaquie. Le pays entre dans une période de désintégration. La Slovaquie obtient une large autonomie puis proclame son indépendance le 14 mars 1939.
L'État slovaque dirigé par Jozef Tiso devient un régime autoritaire allié à l'Allemagne nazie.
C'est un des épisodes les plus sensibles de l'histoire slovaque. Il faut éviter deux caricatures opposées : présenter l'État slovaque comme une simple marionnette sans aucune marge de décision, ou le présenter comme un État entièrement indépendant et autonome. Il est à la fois autoritaire, allié de l'Allemagne nazie et soumis à de fortes contraintes extérieures.
La persécution des Juifs
Le régime slovaque adopte des mesures antisémites, exclut les Juifs de nombreuses professions et de la vie publique, puis participe aux déportations. À partir de 1942, des dizaines de milliers de Juifs sont déportés vers les camps nazis.
La mémoire de cette période reste particulièrement importante en Slovaquie. On trouve aujourd'hui dans plusieurs villes des Stolpersteine, ou « pierres d'achoppement », qui rappellent les personnes déportées et assassinées.
Le Soulèvement national slovaque
En août 1944 éclate le Soulèvement national slovaque, centré sur Banská Bystrica. Des militaires et des résistants slovaques se soulèvent contre le régime et l'occupation allemande.
Le soulèvement est finalement écrasé, mais la résistance continue dans les montagnes jusqu'à la fin de la guerre.
Insurrection nationale slovaque ↗
Archive vidéo — carte animée du soulèvement ↗
Archive vidéo — film soviétique de 1945 (libération, domaine public) ↗
Le soulèvement est un excellent exemple de la complexité de la mémoire slovaque de la guerre : il permet de rappeler qu'une partie importante de la société slovaque a résisté au régime de Tiso et à l'occupation allemande, sans effacer pour autant la participation de l'État slovaque à la persécution des Juifs.
1945–1948
Après la guerre, la Tchécoslovaquie est rétablie. Le Parti communiste gagne rapidement en influence, notamment grâce au prestige acquis par l'Union soviétique dans la défaite de l'Allemagne nazie.
En février 1948, les communistes prennent le contrôle du gouvernement. La Tchécoslovaquie devient un État communiste.
Le changement de 1948 est très différent de celui de 1989 : en 1948, le pouvoir bascule vers un régime à parti dominant qui va rapidement supprimer le pluralisme politique. En 1989, le mouvement inverse se produit avec une mobilisation populaire et une transition pacifique.