1948–1968

1948–1968 — Le socialisme et le Printemps de Prague

Chars soviétiques et étudiants à Bratislava, août 1968

Les années 1950 sont celles de la répression et de la stalinisation ; les années 1960 voient une libéralisation progressive qui débouche sur le Printemps de Prague en 1968.

La stalinisation

Après 1948, le Parti communiste contrôle progressivement toutes les institutions. L'économie est planifiée, l'industrie est développée rapidement et l'agriculture est collectivisée.

Les années 1950 sont marquées par les procès politiques, les purges et une forte répression. Le régime cherche à éliminer les opposants réels ou supposés.

Anecdote

La répression ne touche pas uniquement les militants politiques. Des prêtres, des intellectuels, des cadres du parti et même des communistes fidèles peuvent être accusés d'être « ennemis du peuple ». Le système stalinien fonctionne aussi par la peur et l'incertitude : personne ne sait exactement où se trouve la limite.

Une transformation profonde de la Slovaquie

Le régime communiste accélère l'industrialisation de la Slovaquie. De nouvelles usines sont construites, notamment dans les secteurs de la métallurgie, de la chimie, de la mécanique et de l'armement.

Cette transformation provoque un déplacement massif de population vers les villes et les nouveaux centres industriels.

Anecdote

Une partie de la Slovaquie urbaine actuelle est directement issue de cette période. De nombreux grands quartiers d'immeubles construits entre les années 1950 et 1980 ne sont donc pas simplement des choix architecturaux : ils répondent à une énorme transformation démographique et industrielle.

Le dégel

Après la mort de Staline en 1953, puis surtout au cours des années 1960, la société devient progressivement plus ouverte. Des écrivains, des intellectuels et des économistes critiquent de plus en plus ouvertement le fonctionnement du régime.

En Slovaquie, Alexander Dubček devient en 1968 le premier secrétaire du Parti communiste tchécoslovaque.

Alexander Dubček, photographié le 23 août 1968
Alexander Dubček, photographié le 23 août 1968
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Alexander Dubček ↗

Anecdote

Dubček est slovaque. Cela compte dans la mémoire nationale : le Printemps de Prague n'est pas seulement un épisode « tchèque » vécu depuis Prague. Une partie importante de la réforme politique vient aussi de responsables et d'intellectuels slovaques.

Le Printemps de Prague

En 1968, les dirigeants communistes tentent de créer un « socialisme à visage humain » : davantage de liberté d'expression, réforme économique, diminution de la censure et transformation du fonctionnement politique.

Le mouvement inquiète fortement les dirigeants soviétiques et plusieurs autres régimes communistes d'Europe centrale.

Anecdote

Le projet n'était pas, au départ, un projet de sortie du communisme. C'est justement ce qui rend 1968 important : une partie des réformateurs voulait conserver le système socialiste tout en le rendant beaucoup plus libre et démocratique.

21 août 1968

Dans la nuit du 20 au 21 août 1968, les forces du Pacte de Varsovie envahissent la Tchécoslovaquie. L'armée soviétique constitue l'essentiel des troupes, accompagnée par plusieurs alliés.

Bratislava pendant l'invasion de 1968
Bratislava pendant l'invasion de 1968

La population résiste principalement de manière non violente : manifestations, affiches, changement des panneaux routiers, diffusion clandestine de journaux et de radios.

Anecdote

Une des tactiques les plus connues consiste à modifier les panneaux routiers et les indications afin de désorienter les soldats étrangers. La population connaît parfaitement son propre territoire ; les unités qui arrivent de l'extérieur beaucoup moins.

De Dubček à Husák

Après l'invasion, Dubček reste temporairement en fonction mais les réformes sont progressivement annulées. Gustáv Husák, autre responsable slovaque, prend la tête du parti en 1969.

La période de « normalisation » commence. Elle durera essentiellement jusqu'à la fin des années 1980.

Anecdote

Le mot « normalisation » est lui-même révélateur : il ne signifie pas simplement « retour à la normale ». Pour le régime, il s'agit de normaliser la situation après « l'excès » réformateur de 1968. Pour beaucoup de citoyens, cela signifie au contraire le retour de la censure, de la surveillance et de la prudence politique.

1968 explique beaucoup de choses dans les années 70 et 80 : après avoir vu une ouverture politique puis son écrasement par les chars, une grande partie de la population apprend à éviter la politique publique et à construire une vie privée relativement normale à côté d'un système politique fermé.