La Slovaquie n'a pas été un État indépendant avant 1993. Pendant des siècles, les territoires slovaques ont surtout appartenu au royaume de Hongrie, puis à la monarchie des Habsbourg.
La Grande-Moravie est un repère fondateur de l'histoire slovaque, mais il faut éviter de la présenter comme « la première Slovaquie ». Le territoire de l'actuelle Slovaquie en faisait partie, mais l'État morave était bien plus vaste et les identités nationales modernes n'existaient pas encore.
En 863, les missionnaires byzantins Cyrille et Méthode arrivent en Grande-Moravie. Ils apportent une liturgie en langue slave et l'alphabet glagolitique. Pour les Slovaques comme pour les autres peuples slaves de la région, cet épisode est devenu un élément majeur du récit historique et culturel.
Le royaume de Hongrie
Après la disparition de la Grande-Moravie, les territoires slovaques sont progressivement intégrés au royaume de Hongrie. Ils y restent pendant plusieurs siècles. Les villes minières, les bourgs et les campagnes se développent dans un espace politique qui n'est pas « slovaque » au sens moderne.
Le cas de Banská Štiavnica illustre bien cette histoire : l'exploitation minière y devient tellement importante qu'on y trouve très tôt des institutions et des techniques de niveau européen. Au Moyen Âge, l'or et surtout l'argent des montagnes slovaques alimentent largement l'économie du royaume de Hongrie.
Habsbourg, Ottomans et Réforme
Après la bataille de Mohács en 1526, une grande partie du royaume de Hongrie passe sous domination ottomane. Les territoires du nord et de l'ouest, dont une grande partie de l'actuelle Slovaquie, restent dans la partie du royaume contrôlée par les Habsbourg.
Bratislava devient alors un centre politique majeur. De 1536 à 1783, elle est la capitale du royaume de Hongrie sous les Habsbourg et accueille les couronnements des rois hongrois.
C'est une des raisons pour lesquelles Bratislava possède un passé « hongrois » beaucoup plus important que ne le laisse deviner son statut actuel de capitale slovaque. La ville n'était pas simplement une petite ville provinciale à côté de Vienne : pendant une partie de l'époque moderne, elle était au cœur de la vie politique hongroise.
Le réveil national slovaque
À la fin du XVIIIe et surtout au XIXe siècle, l'idée d'une nation slovaque distincte se développe. Le personnage central est Ľudovít Štúr, qui contribue à codifier la langue slovaque littéraire et devient une figure majeure du mouvement national.
Le mouvement national slovaque ne naît pas d'un seul coup avec un projet d'indépendance. Au XIXe siècle, les revendications portent aussi sur l'usage de la langue, l'éducation, la représentation politique et la reconnaissance culturelle. C'est progressivement que la question nationale devient une question politique.
1848 et la fin du XIXe siècle
Les révolutions de 1848 touchent également le royaume de Hongrie. Des dirigeants slovaques demandent notamment la reconnaissance des droits nationaux slovaques. Après l'échec des mouvements révolutionnaires, la période de magyarisation renforce encore les tensions nationales.
Pour un visiteur français, le mot « magyarisation » peut sembler abstrait. Il s'agit notamment d'une pression croissante pour que le hongrois domine dans l'administration, l'éducation et la vie publique. La langue devient ainsi un marqueur politique autant que culturel.
1914–1918
La Première Guerre mondiale bouleverse l'Empire austro-hongrois. Des représentants tchèques et slovaques développent à l'étranger un projet commun. En octobre 1918, la Tchécoslovaquie est proclamée.
Le 30 octobre 1918, la Déclaration de Martin affirme la volonté des représentants slovaques de rejoindre le nouvel État commun.
Le passage de 1918 est donc moins « la Slovaquie devient indépendante » que « les territoires slovaques sortent du royaume de Hongrie et rejoignent un nouvel État commun avec les Tchèques ». Cette nuance est essentielle pour comprendre tout le XXe siècle.